


Conçu dans le but de marquer son identité, l’abacost, vêtement emblématique congolais, qui allie tradition et modernité, continue de faire sensation aujourd’hui. Découvrez l’histoire fascinante derrière cet habit porteur ce sens.
Quand on parle de l’histoire du Congo, on pense souvent aux grands événements politiques, aux figures emblématiques, ou encore aux luttes pour l’indépendance.
Mais parfois, c’est un simple vêtement qui en dit long sur toute une époque.
Et, c’est le cas de : l’Abacost, un mot bien connu dans la mémoire collective congolaise.
Et derrière ce nom se cache une époque marquante, un tournant identitaire, une quête de soi mais surtout une volonté de la part de tout un peuple de se redéfinir après la colonisation belge.
Mobutu et l’ambition d’un Congo "authentique"
Pour comprendre la portée de l’abacost, il faut revenir sur la figure emblématique de Mobutu Sese Seko. Né en 1930 sous le nom de Joseph-Désiré Mobutu, il accède au pouvoir en 1965 à la suite d’un coup d’État. Président de la République Démocratique du Congo (rebaptisée Zaïre), il dirige le pays pendant plus de 30 ans, jusqu’en 1997.
Dirigeant autoritaire, mais profondément attaché à l’idée de renaissance africaine, Mobutu entreprend une vaste campagne de décolonisation culturelle et politique : la zaïrianisation, ou zairisation. Cette politique prône un retour à l’authenticité africaine et rejette les symboles hérités de l’Occident.
“Nous allons retourner à l’authenticité. Nos ancêtres avaient une belle culture; nous devons revenir à cette culture qui nous appartient.” - Mobutu
Mobotu rejette tout ce qui a une connotation occidentale, il renomme le pays : Zaïre, change la monnaie qui était alors le franc congolais au profit d’une nouvelle monnaie qui se nomme aussi le Zaïre, change les noms des rues et avenues, supprime les noms occidentaux et appelle la population à prendre part à ce regain patriotique en adoptant des noms
d’origines congolaise, geste symbolique et politique pour une cohésion nationale bien distincte.
Ainsi Elisabethville prend le nom de Lubumbashi, et Léopoldville devient Kinshasa. C’est un message fort, qui fait écho auprès de tout un peuple, notamment après toutes
les années qu’ils ont passées sous le régime belge.
“Nous allons retourner à l’authenticité. Nos ancêtres avaient une belle culture; nous devons revenir à cette culture qui nous appartient.” Cette citation de Mobutu, illustre
alors bien la vision qu’il a pour son pays.
L’abacost : un code vestimentaire au service d’une idéologie
C’est dans ce contexte que naît l’abacost, acronyme de “à bas le costume”, un rejet symbolique du costume-cravate occidental, perçu comme un héritage colonial.
Mobutu impose ce nouveau code vestimentaire à l’élite politique et administrative : une veste à col mao, portée sans cravate, souvent avec un pantalon assorti. Le vêtement devient obligatoire lors des événements officiels, et même dans les sphères privées pour les cadres.
À travers l’abacost, Mobutu impose un style mais aussi une idéologie. La mode devient alors un outil de contrôle, permet de montrer son adhésion au pouvoir en place, un outil de cohésion, mais aussi d’émancipation : le congolais doit être maître de son identité. Mobutu lui-même soignait son image avec une attention particulière : c’est un dirigeant qu’on reconnait par son style légendaire, dit charismatique par plusieurs, toujours élégant, souvent vêtu d’abacosts taillés sur mesure, coiffé de sa toque en peau de léopard, il impose une vision du pouvoir à la fois charismatique et nationaliste. Ce style lui vaut le surnom de “Léopard du Zaïre”.
Aujourd’hui, l’abacost connaît un regain d’intérêt, porté par les jeunes stylistes et les mouvements culturels qui souhaitent reconnecter avec l’histoire sans pour autant la figer. Revisité, modernisé, parfois même détourné, l’abacost n’est plus seulement un souvenir du passé, mais un pont entre les générations. Il est l’incarnation d’une mémoire vivante, d’un patrimoine revendiqué. L’abacost, bien plus qu’un vêtement, est un symbole politique, culturel et identitaire. Il incarne la volonté d’un peuple de se redéfinir à travers ses propres codes, loin des carcans imposés. Dans sa coupe comme dans son nom, il porte le souffle d’une époque et le désir d’émancipation.
L'Abacost nous rappelle que la mode peut être un langage, une forme de résistance mais encore, un outil de mémoire collective.