


Mijah Mbakomen n’a pas appris la mode sur les bancs d’une école spécialisée, non, elle l’a vécue, dès l’enfance, dans les tissus, les couleurs et les gestes précis de sa mère styliste. Née à Limbe, au Cameroun, elle suit pourtant un parcours académique éloigné de cet univers, un BTS en action commerciale, mais comme on dit chez elle, « le sang suit les veines ». La fibre créative transmise par sa mère finit par reprendre le dessus, naturellement et presque instinctivement. L’histoire de Mijes, sa marque, commence bien plus tard, et bien plus loin : en Tanzanie, à Dar es Salaam. Elle y est une jeune expatriée, en quête de sens et de création. Un jour, elle achète une machine à coudre, simplement pour reproduire des vêtements qu’elle aimait. Elle s’approvisionne au marché local, utilise ses propres habits comme patron et découvre qu’elle est une autodidacte née. Le style la rattrape, le geste devient passion et enfin la passion devient projet. Dans chaque pays où elle vit, Mijah organise des ventes privées, fidèle à son amour profond pour la mode. Mais c’est à N’Djamena au Tchad que le projet prend de l’ampleur. Elle ouvre un atelier, recrute quatre tailleurs, lance une collection, vendue à Paris. C’est la naissance de Mijes, fondée en 2018. Le nom lui-même est intime : un surnom d’enfance donné par un oncle, qu’elle a fait renaître pour incarner la marque d’une vie.
Quelle est la philosophie derrière Mijes ?
Mijes, c’est avant tout une ode à toutes les morphologies féminines. Que l’on soit en X, en H, en V ou en 8, chaque silhouette mérite d’être valorisée avec élégance et subtilité. Les coupes sont pensées pour marquer la taille, allonger la ligne, créer un équilibre visuel qui met la femme au centre, sans la déguiser, sans l’effacer. Le style Mijes se situe à mi-chemin entre le casual et le chic, entre le bureau et la soirée, entre le confort et l’allure. Chez Mijes, chaque pièce est conçue pour être portée et reportée, de mille manières. C’est notamment pour cela que la marque propose de nombreux ensembles ; une jupe qui se combine avec un t-shirt, une veste qui fonctionne aussi bien avec un jean qu’avec un pantalon tailleur. Le vêtement devient modulable, durable et essentiel. Et ce souci de durabilité ne s’arrête pas au style : Mijes recycle, beaucoup des tissus proviennent de chutes issues de grandes maisons de couture comme Balmain ou Givenchy. Le gaspillage n’est pas une option, ni dans la fabrication, ni dans l’usage. La cliente est accompagnée, conseillée, pour faire vivre sa garde-robe dans le temps.

Une marque afrodescendante, fière et discrète
Installée dans le très chic Triangle d’Or à Paris, Mijes surprend. Sa devanture, son esthétique sobre, font parfois penser à une marque européenne classique. Ce qui pousse certains à s’étonner quand ils apprennent que derrière ce projet se trouve une femme noire, africaine. Mijah répond alors avec douceur mais fermeté : oui, cette boutique m’appartient. Oui, je suis la fondatrice.
C’est le seul véritable défi qu’elle évoque : celui de la légitimité perçue, du regard encore biaisé de certains clients. Mais son travail parle pour elle puisque la marque est aujourd’hui présente dans deux malls à Douala, rue de Courcelles à Paris, et désormais à Kinshasa, chez nous au sein du concept store The Store.
Ce que Mijes incarne, au fond, c’est un peu ça finalement : la puissance féminine, et ce dans toute sa pluralité, la femme Mijes est dynamique, audacieuse, capable de tout, y compris de rester élégante et fière de sa féminité, quelles que soient ses formes.
La nouvelle collection, présente en avant première chez The Store, met en lumière une femme fraîche et belle, sans en faire trop. Un casual chic pensé pour briller, tout en restant vraie, simple, accessible. Une fois l’histoire de la collection posée, Mijah choisit les matières, lance la production, souvent entre la France et la Turquie, puis dévoile ses modèles en boutique.
Mijes c’est l’histoire d’une petite fille curieuse dans l’atelier de sa mère, Mijes c’est l’histoire d’une femme dans le monde, d’une créatrice connectée à son héritage, et résolument tournée vers l’avenir.