


Immersion “Au Coeur de la Vie”, avec Hugues Masaki Ndonga
Parfois, quand je peins, il m'arrive de passer une journée entière sans inspiration. Alors, le jour suivant, je retourne devant ma toile, je prépare mes couleurs, je commence à peindre sans grande conviction, car ce que je crée ne touche pas vraiment mon âme. Puis, comme par magie, l'inspiration, qui semblait s'être dissimulée Dieu sait où, se révèle soudainement à moi !
Hugues Masaki
Le 15 mai dernier, l’Institut Français de Kinshasa, vibrait au rythme de la couleur, de l’émotion et du regard de l’artiste congolais Hugues Masaki Ndonga à travers son exposition “Au Coeur de la Vie”.
Diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, Hugues Masaki Ndonga nous entraîne, à travers ses œuvres, dans une immersion saisissante au cœur de l’effervescence de Kinshasa, et plus largement de la vie congolaise. Sa peinture, empreinte d’impressionnisme, se distingue par des coups de pinceau visibles et des impressions fugitives qui capturent l’instant avec intensité .
Chaque toile devient ainsi le reflet d’un quotidien vibrant : scènes de marché, salon de coiffure de quartier, embouteillages sur le boulevard du 30 Juin, inondations urbaines, ou encore paysages de faune, de fleuves et de nature.
Masaki Ndonga s’attache à représenter la vie dans toute sa diversité, du banal au symbolique. Mais l’artiste n’hésite pas non plus à explorer une dimension politique assumée, traduisant un véritable engagement patriotique, c’est notamment le cas de la toile Le Poids du monde, où l’on distingue des hommes, sans doute jeunes, travaillant dans une carrière à l’extraction de minerais. Cette scène soulève une question sensible : celle des conditions de travail précaires, souvent inhumaines, dans les mines de la région. Une œuvre qui résonne avec force dans le contexte actuel des débats autour des « minerais de sang ».
Le vernissage a été un moment de partage vibrant, où les couleurs chatoyantes des toiles se mêlaient à la chaleur des échanges entre les nombreux visiteurs venus découvrir son univers. Parmi les personnalités présentes, on notait la participation de Henri Kalama, directeur de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, ainsi que celle de Christian Lepira, commissaire de l’exposition, sans qui ce bel événement n’aurait pu voir le jour.
Pour l’artiste, cette soirée a marqué une étape décisive. « C’était la première fois que je voyais autant de monde réuni pour moi », confie-t-il. Un mélange de frousse et d’excitation l’a traversé avant de réaliser que son travail suscitait un réel intérêt. Les encouragements du public, les critiques constructives et les nombreuses questions posées lui ont permis de mesurer la valeur de sa démarche artistique. Ce qui l’a le plus touché n’a pourtant pas été son propre discours, mais la manière dont il a été présenté par les responsables de l’Académie et de la Halle de la Gombe : « Ce qui m’a marqué, c’est la manière avec laquelle on m’a présenté avant de parler… je ne me suis jamais senti aussi valorisé ».
Exposer à l’Institut Français représentait bien plus qu’une simple opportunité : pour lui, c’est une reconnaissance et une ouverture sur l’espace francophone, presque comme une vitrine internationale. « On m’a élevé », résume-t-il, conscient du chemin parcouru depuis ses années à l’Académie.
L’art comme miroir du quotidien
Au-delà des couleurs et des formes, Masaki Ndonga tient à transmettre un message clair : montrer la vie congolaise telle qu’elle est, avec ses parts d’ombre et de lumière. « Les Congolais doivent voir leur quotidien, tel qu’il est. Malgré les difficultés, il faut aller de l’avant, il faut se construire, parce que c’est ainsi qu’on se développe. » L’artiste revendique ce regard à la fois lucide et lumineux, qui refuse de masquer les aspérités du réel. Parmi les toiles exposées, Paris Foot occupe une place particulière. Acquise par un journaliste de RFI, elle illustre l’univers des paris sportifs, devenus pour beaucoup un moyen de survie.
« Ce tableau me tient à cœur parce qu’il représente le pari sportif, qui est devenu une sorte de métier de survie pour beaucoup de Congolais. Certains paient même leur loyer grâce à ça», explique-t-il. Cette œuvre, qui traduit la débrouille et l’ingéniosité face aux difficultés, l’émeut profondément.
Un travail de longue haleine et une route ouverte
La préparation de cette exposition a demandé trois années de travail patient, menées en complicité avec Christian Lepira. Aujourd’hui, Masaki Ndonga poursuit sa recherche, nourrie par l’observation et les déplacements : « Je voyage, je prends des photos, j’ai même été au Kongo Central. Je cherche à capturer des instants de vie pour nourrir mon inspiration pour mes futures toiles ».
Pour lui, l’avenir reste ouvert, porté par la conviction que d’autres opportunités viendront. Mais déjà, cette exposition confirme la maturité d’un regard singulier : une peinture qui n’est pas seulement esthétique, mais aussi une voix et une conscience au service du Congo, qu’Hugues Masaki Ndonga vous invite à découvrir à travers ses œuvres.
Cette exposition à l’Institut Français n’est sans doute qu’une étape d’une longue carrière qui l’attend, et elle confirme déjà la force tranquille d’un artiste à suivre de près.
L’exposition à l’Institut Français de Gombe est désormais terminée, mais il est toujours possible d’acquérir ou d’admirer certaines des toiles de Hugues Masaki Ndonga chez The Store.